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BISE


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Description générale du projet BISE
- Présentation -

Comment la richesse et la diversité des expériences européennes permettent d'aider des adultes de plus en plus seuls face aux décisions à prendre sur l'évolution de leur savoir ?

Définir sa propre représentation de l'avenir : cela passe par l'acquisition de nouveaux savoirs. Qui sont donc ces adultes qui ont un tel désir d'apprendre, en Espagne en Allemagne, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni, en France ou ailleurs en Europe ?

Emilia a 35 ans et elle élève ses deux enfants. Pau en a 75. A 45 ans, Josep, lui, cherche du travail. Ce qui les réunit ? C'est qu'ils vivent tous les trois à Barcelone où ils préparent le même diplôme, le graduo escolar. Pour René qui a 21 ans, et Rottger qui en a 35, la préparation est celle du diplôme d'ingénierie industrielle, alors que MM. Thiele et Drescher, qui ont tous les deux dépassé la soixantaine, suivent des cours de développement local pour améliorer le tissu associatif de la ville de Chemnitz. Tous les quatre vivent en Saxe. Nous pouvons continuer en vous parlant de Léon et de Will à Heerlen aux Pays-Bas. Ils ont perdu leur travail parce qu'ils ne savaient pas lire les nouvelles consignes de contrôle de qualité dans leur entreprise. Alors ils suivent des cours d'alphabétisation par ordinateur. Dans la même ville, Ria et Emmy, elles, fréquentent régulièrement un cours d'éducation civique avec une dizaine de jeunes sortis de l'école sans diplôme. A Rochester nous pouvons rencontrer Alan, qui a quitté l'école à 15 ans et en a aujourd'hui 30, Amanda et Balwinder qui en ont 40. Chacun d'entre eux vous expliquera que, "pour trouver la confiance et l'estime de soi", il prépare un diplôme qui s'appelle "Prendre en compte l'expérience".

En France, Rabia apprend à lire et à écrire en français. Yves suit un cours de création d'entreprise, Pierrette s'est plongée dans les livres de psychologie pour mieux porter assistance aux demandeurs d'emploi qu'elle accueille dans son bureau. Quels sont à travers l'Europe les points communs à toutes ces personnes ? Chacune d'entre elles cherche à définir sa propre représentation de l'avenir, et chacune d'entre elles semble convaincue que cela passe par l'acquisition de nouveaux savoirs. Chacun est en quelque sorte entré dans un processus individuel d'éducation permanente, y prend du plaisir, exprime le sentiment que ses relations avec d'autres en ressortent enrichies, qu'il a développé ses propres capacités à faire face aux difficultés auxquelles il est confronté.

 


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Comment et pourquoi sont-ils entrés un jour dans ce processus d'Éducation tout au long de la vie ?

On peut parler d'un véritable déclic, qui a pu être différent pour chacun d'entre eux, mais qui en tout cas a engendré pour tous un fort désir d'apprendre. On peut dire qu'en général il s'est agi d'une convergence entre une rupture de situation et une offre d'éducation permanente adaptée aux besoins et aux possibilités de chacun.

Pour exemplaires qu'ils soient, les cas que nous venons de citer ne doivent cependant pas faire oublier que les adultes sont de plus en plus seuls face aux décisions qu'ils doivent prendre sur l'évolution de leurs savoirs. Nous pensons bien sûr à toutes ces Emilia, ces Rabia, ces Pierrette, à tous ces René, ces Léon et ces Yves qui, en Europe ou ailleurs dans le monde, parce qu'ils n'ont pas eu la chance de trouver cette convergence, restent démunis face à un échec ou à une rupture de situation due aux nouvelles organisations du travail. Et il faut savoir que leur nombre ira malheureusement croissant dans les années à venir, parce que 70% des emplois qui se créent aujourd'hui sont à durée déterminée. Ainsi redécouvre-t-on le travail "à la tâche", et les contrats commerciaux (sous-traitance, prestations de service) se substituent-ils au contrat salarial qui se délite. N'oublions pas non plus que, si la sortie du travail est aujourd'hui en moyenne très proche de 55 ans, ce phénomène entraîne à la fois une nouvelle précarité et une grande solitude. Les adultes d'aujourd'hui ont été habitués à vivre "encadrés", que ce soit dans leur famille, à l'école ou dans l'entreprise. On imagine leur désarroi quand ils se retrouvent face à eux-mêmes pour se réorienter et faire des choix pertinents de développement de leurs savoirs !

 

Quelles sont les réponses qu'une Association d'Éducation permanente peut apporter à ces problèmes ?

Michel FAURE : A partir de ce constat objectif plutôt que pessimiste, nous avons décidé, à l'ADREP, de construire une méthode et des outils qui puissent apporter une nouvelle offre d'éducation permanente pour les adultes. Fortement sensibilisés par les travaux de Michel SERRES, nous avons voulu concevoir de tels outils en recourant aux nouvelles technologies de l'information et de la communication. L'action ÉDUCATION DES ADULTES des Mesures transversales du programme SOCRATES nous a dans le même temps permis de constituer un partenariat transnational composé d'organisations européennes aussi préoccupées que la nôtre par cette démarche.

 


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Comment définir ce partenariat ?

La richesse de notre partenariat, c'est la multiplicité des expériences qu'il réunit. Nous pouvons citer le "développement du Bien-être et des Affaires sociales" de la Generalitat de Catalogne en Espagne, avec laquelle nous travaillons. Il détient des compétences législatives dans le domaine de l'éducation permanente, et une loi-cadre y définit un objectif de "formation aux loisirs et à la culture comprise comme dimension de la formation des adultes, cherchant à utiliser le temps libre et le chômage et à approfondir les valeurs civiques, à travers une plus grande participation à la vie sociale et une meilleure connaissance de la réalité sociale et culturelle de la Catalogne".

La diversité, c'est encore la Workers Educational Association, association d'éducation des adultes constituée par les syndicats de travailleurs britanniques. Elle est renommée en Grande-Bretagne pour avoir mis au point une méthode appelée "Making Experience Count" - c'est-à-dire "Prendre en compte l'expérience" - fondée sur la valorisation des savoirs expérientiels de la personne, tels qu'ils ont été définis par Kolb dans Experiencial Learning en 1989. Notre richesse, notre diversité, c'est aussi le Centrum voor Europese Studies en Opleidingen (CESO) et le Advies en Studie Centrum, respectivement situés à Maastricht et à Heerlen, dans le Limbourg. Cette province néerlandaise est profondément atteinte par la disparition de l'activité sidérurgique, et elle a réagi en implantant de manière intensive les technologies de l'information et de la communication, y compris dans les institutions d'éducation et de formation. Diversité toujours avec l'Institut für Weiterbildung und Organisationsentwicklung situé dans l'université de Chemnitz. Il s'agit d'un centre de coopération qui regroupe les acteurs du développement régional, pour définir une vision du futur. Dans cette région de Saxe, les habitants sont confrontés à un double bouleversement : d'une part l'apprentissage de la démocratie, après la chute du mur de Berlin et la réunification de l'Allemagne, de l'autre la découverte du chômage massif. Citons enfin le CUCES de Nancy, longtemps dirigé par Bertrand Schwartz, qui est un haut lieu de référence en France et en Europe. C'est l'exemple majeur de la rencontre entre l'université et le monde du travail, de la conceptualisation du fondement de la formation des adultes. Une citation si vous me le permettez : "Un adulte n'accepte de se former que s'il peut trouver dans la formation une réponse à ses problèmes dans sa situation".

 


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BISE est une banque européenne pour placer son capital d'innovation sociale dans l'éducation permanente

Ces expériences que nous avons réunies représentent notre capital. C'est tout simplement pourquoi notre projet s'appelle BISE, qui est un sigle : "Banque européenne d'Innovation Sociale dans le domaine de l'Éducation permanente". Capital que nous souhaitons transmettre sous forme de banque de données en proposant de l'élargir aux multiples autres expériences qui existent en Europe. Notre partenariat a déjà enrichi son "capital" commun, car nous avons réalisé et analysé ensemble une série d'interviews d'adultes entrés dans un processus d'éducation permanente, pour mieux comprendre leurs motivations et leurs besoins, ainsi que les efforts qu'ils ont dû produire. C'est très important pour mieux comprendre les raisons qui font que tant de personnes restent en dehors du "désir d'apprendre".

 

A qui est destiné ce genre d'étude ?

Nous avons présenté nos analyses à des élus du Comité des Régions et des Communes d'Europe lors d'une rencontre organisée par Jean-Louis Joseph élu, de la région Provence Alpes Côte d'Azur. Il est apparu que de nombreux responsables de collectivités territoriales souhaitent se donner les moyens de ce que Joffre Dumazedier appelle "le minimum vital culturel pour tous". Pour atteindre ce but, il sera nécessaire de susciter par l'apprentissage le désir et la capacité d'auto-formation assistée, accompagnée ou guidée, dans un va-et-vient permanent entre les savoirs expérientiels et les savoirs savants et extra-scolaires.

 


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Qu'est-il possible de mettre en place, dans l'espace européen, pour répondre aux problèmes qu'on a identifiés ?

Notre partenariat a justement pu concevoir un dispositif commun qui utilise les technologies de l'information et de la communication, et qui sera le résultat d'une fertilisation croisée entre nos différentes pratiques. Ce dispositif est conçu pour les habitants d'une zone territoriale et les collectivités qui détiennent les fonds destinés à l'éducation permanente, l'objectif numéro un étant de permettre au plus grand nombre d'avoir véritablement accès au processus d'éducation permanente. Concrètement, ce dispositif se présente sous la forme d'une carte à puce et d'un logiciel "automate du savoir" qui donne à chacun la possibilité de se connaître, de comprendre son environnement sociétal et économique, de se positionner dans son projet et de définir son programme d'acquisition de nouvelles connaissances.

Lorsque l'adulte aura suivi ce chemin, il aura acquis une nouvelle compétence : la capacité de naviguer dans le savoir en fonction de ses besoins et de ses désirs, et d'être mieux à même de maîtriser son avenir.

M. FAURE interview - in SOCRATES MAGAZINE - Agence Socrates France - avril, mai 1997, pages 10 et 11.